samedi 2 août 2014

" Il nous faut faire connaissance avec nous-mêmes, avec notre corps, avec notre psychisme, avec la démarche de notre pensée. Habituellement nous dressons un "opposé" au conditionnement qui nous choque. Coléreux, nous nous efforçons de devenir paisible, nous engageant ainsi dans un autre conditionnement. Ou bien encore nous avons recours à diverses évasions. Avec de tels procédés, nous sommes contraints de parcourir éternellement le même cercle vicieux. Il ne nous reste donc plus qu'une attitude de pure observation qui nous permettra de connaître notre terrain, de saisir sur le vif les activités de notre corps, de notre psychisme, les démarches de notre pensée, nos motivations. Dans une première phase, l'observateur éprouve quelques difficultés à être impersonnel, sans choix, il dynamise l'objet, il s'en rend complice. Puis vient un moment où s'installe entre l'observateur et l'objet une zone neutre, et les deux pôles perdent leur charge. L'observateur est silence et immobilité, l'objet conditionné n'est plus alimenté".
                                                                                                             Jean Klein "être"

 

mardi 8 juillet 2014


C’est comment quand on passe de l’autre côté ? 
Il y a une ligne sur laquelle j’aimerais me tenir. 
Et cette année est la création d’un geste, celui d’embrasser. 
Une espèce de début d’interprétation globale, d’embrassement global. De ma vie. Avec son début et sa fin. Pour la première fois.
J’embrasse ma vie avec sa part d’inconnu certes mais une, une avec peut-être, ces prochains mois, un autre geste de réajustement. Je pense qu’on peut faire ce geste jusqu’à la fin. 
Il n’y a pas de limites aux gestes si ce n’est la mort.

lundi 9 juin 2014



Cela me semble résumer parfaitement ce que j'aimerais pouvoir faire dans mon prochain film. Name : Shamanic Killer.

lundi 12 mai 2014

Cette photographie de Bernard Faucon m'a beaucoup accompagné dans ma vie de jeune adulte.
Et voilà que je la retrouve aujourd'hui. L'émotion pour moi est intacte.

J'aime tout dans cette photographie, le cadre déjà, ces personnages de dos, aspirés par quelque chose que l'on ne voit pas, et puis ces pages qui volent, qui ramènent aux livres lus ou non, aux journeaux écrits. Ces jeunes garçons enfin. Saisis dans une pose. J'ai toujours pensé qu'ils étaient humains, jusqu'à récemment : en lisant une interview du photographe, j'ai réalisé qu'il faisait tout un travail sur la juxtaposition du mannequin et de l'humain. Et du coup je revois cette photographie autrement, avec une énigme supplémentaire.
Revisitant ses images pour mon prochain film, je suis tombée aussi sur celle-là :


J'adore les poupées, ces morts qui n'en sont pas, ces inanimés dont on est si proches.
Dans la magnifique série suédoise : Real Humans, ce sont des acteurs qui jouent les robots. Où l'on voit que la différence est si infime entre l'animé et l'inanimé, la mort et la vie, la mécanique  et le vivant.
Et où l'on se pose la question dans toute sa complexité : qu'est-ce qu'être humain ?


dimanche 20 avril 2014



Je peux m'imaginer étant cet enfant. Maintenant. 
Il me fait penser au film de Ken Loach Kess


Qu'est-ce que j'ai aimé ce film... Cet enfant solitaire et voyou qui se trouve un ami, un faucon.
Et ce faucon va le structurer et lui donner le sentiment d'être.





Maintenant aussi, intact, un endroit de moi est parfaitement enfantin, enfant garçon.
Mix de mon enfance solitaire et de mon amour pour certains films d'enfance : kess mais aussi Cria Cuervos (Anna, la seule petite fille à laquelle j'ai pu m'identifier), Allemagne année zéro, ou encore plus récemment Innocence...
Quand je revois ces films, je suis l'enfant qui est filmé. Immédiatement. Et jusqu'au bout.


samedi 5 avril 2014


La frontière, la ligne entre la joie et l'angoisse, entre la douleur et le plaisir, entre la solitude et le lien, entre la peur et l'élan.

jeudi 3 avril 2014


Bill Viola au Grand Palais
Cela était une expérience forte, même si j’ai vu, après avoir acheté le catalogue, que j’avais raté plusieurs choses, et non des moindres.
C’est avant tout une expérience sur le temps : il faut prendre le temps, son temps.  Et sans doute que mon temps intérieur, mon temps de concentration et de réception était un peu court pour pouvoir tout accueillir , j'ai donc "zappé" quelques travaux que je retournerai voir.

On entre dans un espace parfaitement noir,  on passe de pièce en pièce avec ce sentiment d’être dans un univers mental. C’est de l’ordre de la méditation, les œuvres de Bill Viola, du rituel aussi. Et d’une certaine forme de spiritualité.  
Tout est en plan fixe, même si à l'intérieur de ce plan fixe, il monte, il change des choses, jouant ainsi avec une illusion du temps linéaire.

The reflecting pool, la première vidéo, est, à ce titre,  impressionnante : 
On assiste là à une sorte d'installation à l’intérieur même du film. 
Il y a un bassin au milieu de la nature, et un homme arrive devant, s'arrête et puis plonge. Mais plonge-t-il vraiment ? Je ne crois pas. Moi je l’ai vu comme en suspens dans son mouvement, immobilisé en l'air pendant très longtemps, tandis que se reflète dans l’eau, durant ce moment suspendu, un paysage mouvant, vivant, changeant, qui n'est pas conforme à ce qu'il devrait être, tant au niveau des arbres, de la vitesse du vent que celui de la lumière : on passe de la nuit au soleil, les ombres vont vite puis lentement, les branches des arbres changent....  
On perçoit ainsi le temps d'une manière divisée : à la surface du bassin, on est dans une continuïté linéaire, un bassin filmé à un moment de la journée, et dans les reflets du bassin, on plonge dans un temps autre, irréel, plus rapide, qui se régénère, passe de l'ombre à la lumière, mobile, imprévisible, vivant, inquiétant finalement ...
A le regarder ainsi longtemps, on se perd, on perd la notion du temps,  à l’affut de ce qui se passe dans le reflet, à l’écoute d’un temps « en-dessous » du nôtre, intérieur, ou le jour, la nuit, le soleil et l’ombre se déploient dans une vitesse irréell,e dans la tranquilité de l'eau d'un bassin.
Je me trouve alors, au coeur d'un monde de sensations. Et cela ne va pas me quitter de toute l'exposition.



La deuxième vidéo est l’une de celles qui m’a le plus touché. Elle s’intitule Heaven and Earth : A hauteur des yeux, il y a deux petits moniteurs qui se reflètent l’un dans l’autre . Les moniteurs sont fixés sur des supports en bois, l’un fixé au sol, le moniteur orienté vers le plafond, l’autre fixé au plafond, le moniteur orienté vers le sol.
Sur chaque moniteur, il y a un visage : sur l’un, celui d’une vieille femme (moi j’ai vu un vieil homme, l’âge, comme la première enfance, tend à abolir les genres).  Sur l’autre, un nouveau-né de quelques jours.

Les deux images se mêlent l’une à l’autre, le visage du bébé se reflétant dans celui de la vieille femme, qui a d’ailleurs une sorte de masque mortuaire, qui  vit peut-être ses derniers instants de vie.

Cette vidéo est saisissante, vraiment, et j’ai pris un temps infini à la regarder.
Cette superposition des deux âges extrêmes de la vie c’est quelque chose de bouleversant. Et en même temps c’est très simple.
Ce qui est subtil et étrange, c’est le dispositif lui-même, le fait que les écrans soient « à plat »,  horizontaux, et non verticaux.
Et qu’ils soient petits.
Cela donne quelque chose de matériel à cette sensation/pensée, avec un insterstice entre les deux écrans, entre les deux images, qui permet, non seulement à notre regard, à notre tête, de se pencher vers l’une ou vers l’autre, mais plus métaphysiquement, cet espace entre les deux écrans, qui nous permet de regarder l’œuvre, est aussi l’espace de la vie entre la naissance et la mort, et c’est dans cet interstice que se pose notre regard et donc notre être vivant.
Notre mouvement d’yeux, de l’enfance à la vieillesse, est aussi la métaphore de nos points de vue divers au fur et à mesure de notre vie,
Et nous pouvons aussi, par un regard englobant, saisir en une seule image notre naissance et notre fin de vie, notre parcours de vie.


 
Enfin pour terminer, je voudrais aussi parler de l’installation The veiling.
Des voiles parralèles en tissus transparents sont suspendus au plafond. dans une grande salle. Le premier voile est assez petit, puis au fur et à mesure de la profondeur, ils deviennent plus grand.
Un projecteur envoie des images sur le premier tissu, et elles se répercutent sur les autres tissus,   plus grandes, plus floues donc, plus incertaines.
Ce sont des images de nature, de nuit, une femme marche dans les arbres, elle est habillée de blanc. Je crois me souvenir que certaines images sont en noir et blanc, d’autres en couleur. Mais peut-être pas...
Une bande-son donne une ambiance de nuit, de bois, c'est un son fort, enveloppant, hypnotique.
Je suis resté.e un très long temps à regarder la nature se reflétant sur ces multiples voiles. Les arbres par exemple, prenaient une réelle épaisseur au fur et à mesure qu’ils se reflétaient dans la profondeur de la salle.
C'était une vision hypnotique, comme d'ailleurs toutes les vidéos présentées ici. On est, quand on se laisse faire, dans un état de conscience modifiée, dans un état hypnotique, et c'est cet état qui nous emmène dans un autre temps, dans un autre espace mental où l'on touche délicatement, à des choses essentielles et spirituelles, la vie, la mort, l'au-delà, les apparitions... on est toujours en quête d'apparitions, et les vidéos de Bill Viola sont emprunts de fantômes...

De l’autre coté de la salle, il y avait exactement le même dispositif, les voiles se rejoignant au milieu. Mais, j’ai appris ensuite, en regardant le programme, que le film n’était pas le même et que c’était un homme qui était filmé.
L’homme et  la femme ainsi, au milieu de la salle, coexistent sur les voiles, par leurs images superposées, ou mélangées, alors qu’ils n’apparaissent jamais sur le même film.
Mais cela je ne le savais pas.
Et cela n’a pas grande importance.